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VIVRE ET ECRIRE

Il faut vivre pour écrire, et non pas écrire pour vivre  (Jules Renard)

Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux, savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin.
Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyages qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles, et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela.
Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre.
Il faut encore avoir été auprès des mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups.
Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs.
Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela.
Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.
Rainer Maria Rilke Les cahiers de Malte Laurids Brigge, 1910



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Mario et page perso

Faire revivre à travers l'histoire d'une famille celle d'une époque mouvementée si proche pourtant, mais qui déjà se disperse, se dilue à mesure que les mémoires de nos anciens s'effilochent et disparaissent. Pour que la trace ne s'efface pas trop vite, au rythme des pixels de nos écrans, j'ai souhaité  que l'encre et le papier puissent conserver ces souvenirs singuliers qui construisent nos histoires individuelles et familiales...

Couv. Partir pour un Ailleurs

Extrait du livre :

Chapitre 1 : La terre et l’eau 1879-1903

La carriole progresse cahotante, sur le chemin empierré. Assis sur la banquette de bois, le cocher, les rênes en main, lisse d’un revers de manche sa moustache où perlent des gouttes de sueur. Soulevant sa casquette de toile, il se gratte le haut du crâne. Son regard se lève :là- haut le village juché sur un promontoire au pied d’un campanile, maisons agglutinées les unes aux autres. Une enceinte de pierres court en contrebas, souvenir du bourg fortifié de Castel del Monte* qui a connu les hordes de barbares dans les temps reculés, puis la révolte et l’ire des bandes de [1]Brigante qui ont sévi après la chute du royaume de Naples et des Deux Siciles, et enfin la colère de la Terre avec ses secousses telluriques soudaines et violentes.

Epousant les lignes du terrain, les habitations étagées et adossées les unes aux autres semblent vouloir se tenir chaud, et s’épauler l’une l’autre par-delà les sporti, ces passages voûtés sous les maisons qui laissent place à des venelles s’insinuant et facilitant le passage entre elles. Un peu en bordure du village, d’autres maisons se fondent avec le rocher créant sur l’arrière de la maison [2]il cellaro, une pièce fraîche encastrée dans la roche pour conserver les fromages de pecorino*, les jambons et les bonbonnes de vin. L’eau manque cruellement, et seules les cultures vivrières peu consommatrices d’eau comme les lentilles trouvent leur place dans les champs, ou bien les amandiers qui prospèrent sur ces terres pauvres et caillouteuses.

Aussi loin que l’œil puisse embrasser, ce ne sont que rocailles et pierriers, avec parfois un tapis d’épicéas qui vient rompre l’aridité de cette montagne inhospitalière.

L’attelage franchit la porte Santa Maria remontant vers la Via Centrale du bourg. C’est le sacristain de l’Eglise Matrice qui assure la fermeture des portes du bourg fortifié, une fois célébrée la prière des [3]Vêpres le soir, et leur réouverture après celle des [4]Laudes le matin.

Les premiers rayons d’un soleil printanier réchauffent les tuiles de terre cuite, et s’infiltrent dans les ruelles à peine éveillées.

Plus loin court un ruisseau avec les cris des femmes qui s’interpellent vivement, foulards noués derrière la tête retenant la chevelure noire tressée en chignon.

—Hé Giuseppina comment vont tes enfants ?

clame l’une d’elles à l’adresse d’une de ses voisines qui bras nus, s’affaire à savonner son drap sur une pierre plate avant de le rincer et le tordre, puis le battre à nouveau. Comme leurs mères et grands-mères elles répètent ces mêmes gestes, les mains ravinées par les travaux ménagers et ceux des champs. Puis elles iront l’étaler sur l’herbe et le faire sécher au soleil.

Ce ne sont que quelques années plus tard pour la fête de San Donato du 6 août 1901, que l’Evêque de L’Aquila en personne vient inaugurer la première fontaine publique sur la place de Castel del Monte, facilitant la vie des habitants pour le puisage de l’eau si rare dans cette montagne aride. Chaque nouvelle aube débute par la corvée d’eau. L’eau ne coule à la fontaine que jusqu’à l’heure de prière de [5]Tierce dès qu’arrive l’été. L’eau est une denrée précieuse et la ronde des [6]conche*, superbes cruches à deux anses de cuivre, portées sur la tête par les femmes ponctue le lever du soleil, du jour où la fontaine publique est construite.

La carriole passe devant le four à pain ; là, telles des cariatides, deux femmes attendent avec une planche de bois sur la tête où trônent de grosses miches à cuire. Le portage sur la tête de charges souvent lourdes donne néanmoins fière allure à ces femmes qui conservent un port altier jusqu’à un âge avancé.

D’un hoho sonore, l’homme arrête l’attelage devant une bâtisse assez imposante ; sautant à terre, il saisit son baluchon et frappe du heurtoir à la porte. Un homme plutôt petit, belle moustache lui ouvre, et l’invite à pénétrer dans une grande pièce fraîche au dallage de pierre.

Un âtre de belles proportions occupe un pan entier d’un mur. Crisostomo, le maître des lieux, le gratifie d’une bourrade amicale, et lui propose un verre de vin de bienvenue.

—Alors comment vont les affaires, Giuseppe ? questionne -t- il.

—Je viens d’Ofena et de Barisciano, où j’ai tué deux cochons hier, des sacrés morceaux, dit l’homme avalant une gorgée de vin. Et toi, le tien est-il bien gras ?

—Pour sûr, je l’ai engraissé tout l’hiver avec des épluchures de patates ; d’ailleurs tu vas juger par toi-même.

Ils se lèvent et se dirigent vers la cour derrière la maison. De grands baquets d’eau bouillante fument. La table est nettoyée. Le linge a été lavé ; torchons, serviettes, sacs de jute, tout est prêt pour le grand moment de l’année. Même les grands pots de grès sont prêts pour conserver le lard, et les bons morceaux à consommer l’hiver. Une fois la fumaison des jambons terminée, ils seront conservés sous la cendre, dans des coffres en bois entreposés dans le cellaro, pièce fraîche et d’humidité constante, puisque taillée dans le roc au fond de la maison troglodytique. Les hommes vont chercher la bête qui d’instinct, recule, effrayée, avec force grognements de peur, pressentant sa fin prochaine. Le boucher ouvre son baluchon, étale ses couteaux et se saisit de sa pierre à affûter. D’un geste lent et sûr, il aiguise le fil de ses coutelas. Il passe un pouce dessus pour éprouver le tranchant. Il s’approche du cochon qui couine du plus fort qu’il peut, immobilisé par deux homme la tête en bas. D’un mouvement rapide et bref, le boucher tranche la carotide et saigne le cochon dans un dernier cri suraigu, qui épouvante les gamins dissimulés derrière un buisson. Le sang est recueilli dans une large bassine. Un feu de paille est allumé sous sa tête. Puis les hommes ébouillantent la bête morte et raclent son poil. Rien ne se perd chez cet animal. Le boucher entreprend de lui ouvrir le ventre pour extirper les entrailles.

—Voici un beau cochon qui remplira le saloir, fait remarquer le boucher.

Autour de la table, les femmes s’activent, les unes enfilant les boyaux sur la moulinette pour les remplir et en faire des saucisses. Les autres tailladent la couenne en lamelles de lard pour la cuisine.

Une fois son ouvrage accompli, le boucher approche ses mains au-dessus d’un baquet, et une femme lui verse un broc d’eau chaude pour lui permettre de se laver du sang de l’animal.

—Une anisette Giuseppe ? lance le maître de maison.

—Ben, c’est pas de refus, ça désaltère par ce temps lourd et chaud, réplique l’intéressé, se saisissant du verre qui lui est tendu. Alors comment va la petite famille ? Elle va s’agrandir bientôt, fit-il désignant du menton la jeune femme courbée sur la table qui taille un quartier de viande, visiblement gênée pas le ventre proéminent de son dernier mois de grossesse.

— C’est pour le mois prochain si tout va bien répond le maître de maison au front dégarni. J’espère que ce sera un garçon ; on a besoin de bras pour travailler la terre. Beaucoup de sueur et peu de récoltes avec ces baroni qui s’en mettent plein les poches à notre détriment ; c’est le pays qui veut çà. Dire que l’Unité Italienne devait améliorer notre sort à en croire les politiciens, et même Garibaldi qui promettait de partager équitablement les terres !

—Et c’est pas avec le nouveau roi Umberto que les taxes vont diminuer pour sûr, vu qu’ils n’ont plus d’argent dans les caisses après toutes ces guerres.

—Paraît que Garibaldi est au plus mal ? T’en sais quelque chose toi Giuseppe ?

—Ben à ce qu’il se dit, il a été malade l’hiver dernier et il a perdu Anita, sa fille naturelle avec Battistina, la niçoise. Paraît aussi qu’il essaie de faire annuler par le roi Umberto son mariage avec la Raimondi pour épouser la Francesca Armosino, mais que le roi se fait tirer l’oreille. Il aurait même dit qu’il était prêt à devenir Français pour pouvoir l’épouser, surtout depuis que Victor Hugo a démissionné du gouvernement provisoire républicain en mars 1871, en soutien à Garibaldi qui n’avait pas eu droit à la parole devant l’Assemblée Nationale. Victor Hugo a dit qu’il avait été le seul à être venu défendre la République et la France, à Dijon devant les troupes prussiennes.

—Sacré caractère quand même à 72 ans !

………...




1.[1] Hommes engagés en 1863 dans la révolte paysanne du Sud de l’Italie après la fin du royaume de Naples, causée par le poids des taxes, et la conscription obligatoire sous le régime monarchique post unité italienne

[2] En dialecte abruzzese désigne le cellier pièce ici creusée dans la roche pour conserver les salaisons et barriques de vin

[3]Les vêpres sont un office dont le nom vient du latin ecclésiastique vespera, qui désigne l'office divin que l'on célèbre le soir

[4]Laudes signifie « louanges » en latin. C'est la prière chrétienne du lever du soleil

[5]Tierce est la prière chrétienne de la troisième heure du jour (9h du matin).

[6]grande cruche ou vasque en cuivre qui se portait sur la tête pour recueillir l’eau

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TOUT A TRAC , ET EN VRAC !

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billet Bonaparte

Billet Degas

Tribulations d’un billet à l’ancienne

  • Porté sur les fonds baptismaux,
  • Par au moins trois généraux
  • Secrétaire, contrôleur, ou caissier
  • La Banque de France fut ma première adresse.
  • Moi Bonaparte, glorieux au pont d’Arcole,
  • Depuis que je voyage passant d’une main l’autre sans cesse
  • Mille fois caressé, tripoté, retourné, palpé,
  • Glissé dans l’échancrure d’un décolleté généreux,
  • Blotti entre deux seins chauds et ronds,
  • Chiffonné au fond d’une poche par des doigts poisseux aux ongles endeuillés,
  • Coincé dans une pile de draps repassés
  • A l’odeur mêlée de naphtaline et de violette,
  • Bien aplati au fond d’une boîte métallique aux anciennes effluves sucrées,
  • Plié en quatre sous le socle d’une pendulette,
  • Faufilé entre lisière d’un bas et porte jarretelles
  • D’une belle pute aux ordres d’une mère maquerelle,
  • Aplati sur le zinc d’un comptoir de bistrot pas très net
  • Entre un ballon de rouge et un distributeur de cacahuètes,
  • Mêlé au bataillon de la menue monnaie et des piécettes.
  • Au fil du temps, je cédais ainsi la place, moi Liberté guidant le peuple
  • En compagnie d’Eugène Delacroix.
  • Moi qui ai suscité tant d’envies, enrichi les uns et appauvri les autres,
  • Suivant qu’on me multiplie ou me divise,
  • Je perdis mon triple zéro pour devenir dans les années 2000
  • L’anti- héros ou l’Euro qui réunit ceux qui avaient guerroyé des siècles durant.

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